La souveraineté silencieuse : plongée dans les sous-marins Scorpène® du Chili

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Magazine - Verbatim (Témoignages)

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Il y a vingt ans, le Chili a fait un choix qui allait déterminer ses capacités navales pour plus d’une génération. Confrontée à la nécessité de remplacer ses sous-marins vieillissants de la classe Oberon et d’opérer dans un environnement maritime de plus en plus complexe, l’armada du Chili a lancé une grande compétition internationale. De nombreux candidats se sont manifestés, mais l’un d’entre eux s’est démarqué. En 1997, le Chili a signé pour deux unités.

Le Scorpène®, conçu par Naval Group, répondait au mieux aux exigences opérationnelles de la marine chilienne : silence, endurance, détection avancée et puissance de frappe ; une plateforme océanique capable de déjouer les bâtiments de surface modernes, les sous-marins hostiles et les avions de patrouille maritime sophistiqués.

Ce qu’il faut savoir, c’est que la configuration unique du Chili nécessite une force sous-marine à nulle autre pareille. S’étendant sur plus de 4 000 kilomètres le long du Pacifique, le littoral chilien est l’un des plus longs et des plus difficiles à protéger au monde. Son domaine maritime s’étend sur plus de 3,5 millions de kilomètres carrés de zone économique exclusive, un vaste espace où convergent souveraineté, sécurité nationale et ressources économiques vitales. D’Arica jusqu’aux confins méridio-naux du cap Horn et au-delà, le Chili maintient une vigilance constante. Aujourd’hui, les sous-marins de classe Scorpène®, comme le General O’Higgins et le General Carrera, restent les sous-marins à propulsion classique les plus avancés en service en Amérique latine. Leur coque hydrodynamique inspirée des sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) français, leur haut niveau d’automatisation et leur discrétion acoustique de premier ordre leur permettent de passer inaperçus. Équipé de puissants capteurs, le système de combat intégré Subtics® (système tactique de combat intégré pour sous-marins) – associé à un moteur électrique à aimant permanent offrant une grande discrétion et une grande manœuvrabilité – permet une détection exceptionnelle et une frappe décisive à distance de sécurité. La capacité du Scorpène® à rester indétectable pendant des semaines confère au Chili un avantage décisif en matière de dissuasion stratégique et de défense de sa souveraineté. Lorsque le Chili a choisi le Scorpène®, le pays était en avance sur un mouvement mondial plus large. Dans les années qui ont suivi, d’autres marines importantes comme celles de la Malaisie, du Brésil, de l’Inde et plus récemment de l’Indonésie ont choisi le Scorpène® pour leurs propres flottes. Vingt ans plus tard, le Scorpène® est devenu une référence mondiale en matière de conception de sous-marins à propulsion classique et témoigne de la clairvoyance stratégique du Chili.

 

« Le Scorpène® ne vieillit pas, il évolue. »

Caroussel

Grâce à l’évolution de la plateforme Scorpène® et de ses systèmes embarqués, le Chili conserve une longueur d’avance sur les défis actuels, pour détecter et engager davantage, agir plus longtemps, plus rapidement, plus profondément et plus silencieusement.

Cristián Figari. premier commandant du O’Higgins

Vingt ans plus tard, Naval Group continue à travailler étroitement avec l’Armada du Chili. Ce qui a commencé par la réception des premiers bateaux s’est transformé en un solide partenariat industriel, qui se poursuit aujourd’hui avec la refonte à mi-vie du Scorpène® et la modernisation de ses systèmes et de ses capacités. Et l’histoire est loin d’être terminée. Pour comprendre cette aventure de l’intérieur, nous nous sommes entretenus avec le premier commandant du General O’Higgins, Cristián Figari.

Quand le Chili a-t-il envisagé de renouveler sa flotte de sous-marins ?

L’idée d’analyser le renouvellement de la flotte de sous-marins de la marine a commencé à prendre forme à la fin des années 1980, alors que j’étais lieutenant dans la force sous-marine chilienne.

Depuis cette date jusqu’à notre arrivée au Chili avec le O’Higgins après un départ de Cherbourg, dix-sept ans se sont écoulés. Un projet de cette ampleur et de cette importance implique beaucoup de préparation et de travail. Parmi les multiples options disponibles à l’époque, le Chili a choisi la solution française Scorpène®.

Qu’est-ce qui a convaincu le Chili ? 

Quelques éléments ont rapidement permis au Scorpène® de se démarquer. Le premier est l’indépendance totale de la France en matière de conception et de construction de sous-marins, un point qui revêtait une importance capitale pour le Chili. Pour une marine qui pense à long terme, ce niveau de souveraineté est un avantage. Le deuxième argument était la conception. Naval Group proposait ce que le Chili considérait comme un sous-marin de nouvelle génération de qualité supérieure, conçu pour les opérations du XXIe siècle et reposant sur les technologies les plus récentes.

Les défis auxquels le Chili est confronté actuellement sont-ils différents de ceux d’il y a vingt ans ?

En ce qui concerne l’utilisation des sous-marins, pas vraiment. Les motifs fondamentaux de l’utilisation d’un sous-marin (leurrage, invisibilité, dissuasion) sont les mêmes qu’il y a vingt ans. Et le Chili a toujours la même responsabilité : assurer la souveraineté sur plus de 4000 kilomètres de côtes.

Toutefois, sur le plan tactique, les choses ont changé : l’évolution de la technologie et des menaces a transformé la manière dont les sous-marins sont exploités. Grâce à l’évolution de la plateforme Scorpène® et de ses systèmes embarqués, le Chili conserve

une longueur d’avance sur les défis actuels, pour détecter et engager davantage, agir plus longtemps, plus rapidement, plus profondément et plus silencieusement. Et grâce aux systèmes intégrés de gestion et de commande qui distribuent l’information, les situations complexes deviennent plus faciles à évaluer, ce qui accélère et simplifie le processus de décision pour le commandant.

Beaucoup de choses se sont passées au cours des vingt dernières années. Quel rôle le Scorpène® a-t-il joué dans la coopération et les exercices internationaux ? 

Beaucoup de choses ont changé pour le Chili, et le Scorpène® a été au cœur de ces changements. Un exemple : tous les deux ans, la force sous-marine chilienne est invitée à San Diego, en Californie, pour participer à des exercices de haut niveau destinés à aider la marine américaine à affiner ses stratégies et à renforcer sa capacité à contrer les sous-marins à propulsion classique les plus avancés. Il ne s’agit pas d’exercices de routine : ils impliquent la troisième flotte des États-Unis, l’une des forces opérationnelles américaines les plus importantes, et offrent au Chili une occasion rare de se mesurer à certaines des flottes les plus compétentes et les plus expérimentées au monde.

Le simple fait que nos Scorpène® soient systématiquement invités témoigne de leur discrétion, de leur endurance et de leurs capacités de combat modernes, qui en font des adversaires de grande valeur – et des partenaires de confiance – lors de ces exercices multinationaux.

Au fil du temps, ces déploiements ont forgé des liens opérationnels profonds, confirmant la réputation d’excellence du Chili et démontrant à quel point le Scorpène® a toujours sa place deux décennies après son entrée en service.

À bien des égards, le Scorpène® est devenu à la fois un symbole du professionnalisme naval chilien et un puissant atout pour la coopération internationale, une plateforme que le pays peut utiliser avec confiance et crédibilité.

Le Scorpène® a montré une capacité remarquable à rester « à l’épreuve du temps ». D’après votre expérience, qu’est-ce qui lui confère une telle adaptabilité ?

Dès le départ, le Scorpène® a été conçu pour évoluer. Son architecture est modulaire et offre un potentiel de croissance, ce qui signifie qu’il est possible d’intégrer de nouveaux capteurs, de nouveaux systèmes de combat ou de nouvelles technologies de propulsion sans modifier la structure de base du sous-marin. C’est pourquoi le Scorpène® reste si performant au fil du temps.

La refonte à mi-vie qui est en cours est le meilleur exemple de cette capacité d’adaptation. Les principaux systèmes – du système de combat aux technologies de contrôle de la coque – sont en train d’être mis à niveau. Très peu de sous-marins à propulsion classique peuvent s’adapter à ce type de processus sans faire l’objet de travaux de reconception importants.

En bref, le Scorpène® ne vieillit pas, il évolue.

D’après votre expérience en mer en tant que premier commandant, que signifie servir à bord d’un Scorpène® ?

La vie à bord se définit par un niveau d’automatisation et de performance remarquable et sans précédent. De nombreux systèmes fonctionnent presque entièrement de manière autonome, ce qui permet de réduire la taille de l’équipage et d’intégrer toutes les fonctions essentielles dans le centre opérationnel. Le commandant dispose ainsi d’une vue d’ensemble en temps réel de la plateforme et de la situation tactique, ce qui lui donne la possibilité de prendre des décisions plus rapides et mieux informées. Cela a permis au commandant et à l’équipage de faire un bond en avant considérable, atteignant des niveaux de performance et de capacité opérationnelle inégalés.

Cela a également créé un niveau de confiance exceptionnel au sein de l’équipage. Lorsque vous allez vous reposer, vous savez que la personne qui prend la relève a le contrôle total du sous-marin. Au-delà de la confiance, servir sur une telle plateforme est une expérience unique, exigeante, intense et une véritable source de fierté.

En tant que premier commandant du sous-marin, le principal défi consistait à insuffler à l’équipage l’esprit du Libertador Bernardo O’Higgins, un esprit qui est finalement devenu la force motrice des efforts déployés pour faire du Scorpène® le sous-marin le plus avancé et le plus puissant de la flotte.