L’avenir de la sous-marinade néerlandaise : une aventure collective

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Les relations entre Naval Group et le ministère de la défense néerlandais viennent de franchir un palier important après la sélection de Naval Group pour le remplacement des sous-marins de classe Walrus par quatre sous-marins à propulsion conventionnelle de la famille Barracuda (RNSC). Comment ce programme va-t-il consolider les liens existants entre Naval Group et le ministère de la Défense néerlandais, et plus largement entre les Pays-Bas et la France ?

Entretien avec Danny van den Bosch, responsable adjoint du programme RNSC auprès du ministère de la Défense néerlandais et représentant du Materiel and IT Command (COMMIT) à Cherbourg et Sylvain Perrier, directeur de programme RNSC chez Naval Group.

Qu’est-ce qui a donné le coup d’envoi du programme RNSC ? 

Sylvain Perrier : Le 30 septembre 2024, Pierre Éric Pommellet, Président-Directeur général de Naval Group, et Gijs Tuinman, secrétaire d’État à la Défense néerlandais, ont signé le contrat des futurs sous-marins de classe Orka qui remplaceront les sous-marins actuels de classe Walrus. La signature de ce contrat a donné le coup d’envoi du programme RNSC. Il ouvre la voie à plusieurs décennies de collaboration entre Naval Group et le ministère de la Défense néerlandais. Notre travail de préparation a toutefois commencé bien avant le lancement officiel, lors de la phase précontractuelle, notamment avec l’identification des principaux partenaires néerlandais qui participeront au programme. Une dizaine d’entreprises sont impliquées à ce jour, parmi lesquelles Verebus et Van Halteren Technologies, avec lesquelles des contrats ont déjà été signés. Naval Group entretient également une coopération active avec les instituts de recherche néerlandais, dont certains deviendront des partenaires au sein du programme RNSC, suite à leur implication réussie dans des projets de bâtiments de surface. Ainsi, une lettre d’intention a été signée avec Maritime Research Institute Netherlands (MARIN) en novembre dernier. Un accord de coopération industrielle (ICA) signé le 10 septembre avec le ministère des Affaires économiques néerlandais a formalisé cette stratégie de coopération industrielle de Naval Group avec le secteur du naval de défense des Pays-Bas.

Danny van den Bosch : Le processus de recherche du partenaire répondant le mieux à nos attentes a commencé il y a plusieurs années. Avant de lancer l’appel d’offres, nous avons engagé de nombreuses discussions avec les principales parties prenantes afin d’évaluer le marché et de déterminer ce qui était faisable. Nous recherchions non seule[1]ment un industriel capable de construire les meilleurs sous-marins, capacité que nous savions ne plus avoir aux Pays-Bas, mais également un partenaire avec lequel nous pourrions engager un dialogue d’experts, productif et continu. L’idée était de s’enrichir mutuellement pour améliorer notre expertise collective : partager les connaissances et les ressources, et être en mesure de construire et de compter les uns sur les autres aujourd’hui, demain et dans l’avenir. 

Dans quel contexte et avec quels objectifs l’appel d’offres a-t-il été lancé ? 

D. v. d. B. : Les quatre sous-marins conventionnels d’attaque actuellement exploités par la Marine royale néerlandaise sont en service depuis le début des années 1990. Ils ont subi diverses remises à niveau pour prolonger leur durée de vie et doivent désormais être remplacés. La signature de cet accord marque la dernière étape d’un processus de sélection rigoureux mené par les Pays-Bas pour trouver le meilleur partenaire industriel. Notre décision reposait sur quatre objectifs essentiels pour notre pays et sa marine : accroître notre influence stratégique, renforcer notre capacité de frappe en milieu naval, améliorer notre capacité à recueillir, analyser et partager des renseignements à l’échelle mondiale, et enfin augmenter notre capacité à déployer des forces spéciales. La France et les Pays Bas sont deux nations qui partagent une longue histoire dans le domaine maritime et l’ingénierie. Toutes deux s’appuient sur une solide flotte de sous-marins dans le cadre de leur politique de défense et toutes deux sont membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Les sous-marins néerlandais constituent d’ailleurs une niche au sein de l’OTAN, de par leur capacité expéditionnaire, aptes à mener des opérations en haute mer comme près des côtes. Cela sera le cas pour la classe Orka comme cela l’est déjà pour la classe Walrus et c’est un point sur lequel nous sou[1]haitions insister dès le départ. Nous représentons une part importante de la capacité sous-marine de l’OTAN et nous voulons qu’il en soit toujours de même dans trente ans. Nous avons une responsabilité envers les générations à venir et nous voulons qu’elles bénéficient du meilleur sous-marin existant.

 

 

Point de vue

Caroussel

"Les sous-marins de pointe de la classe Orka doivent  rester pleinement opérationnels jusqu’en 2070.  Ils représentent l’avenir de la sous-marinade néerlandaise, et en les construisant aujourd’hui, nous façonnons littéralement l’avenir des opérations sous-marines."

DANNY VAN DEN BOSCH Responsable adjoint du programme RNSC auprès du ministère de la Défense néerlandais et représentant du Materiel and IT Command (COMMIT) à Cherbourg

Pourquoi avoir choisi Naval Group ? 

D. v. d. B. : Nous avons lancé l’appel d’offres avec des objectifs très clairs, et la proposition de Naval Group répondait au niveau d’excellence dont nous avons besoin pour maintenir les Pays-Bas à un niveau d’excellence dans le domaine des opérations sous-marines, avec une nouvelle flotte de quatre sous-marins conventionnels (à propulsion diesel-électrique) de pointe. La très grande expérience de Naval Group dans la construction et la maintenance de sous-marins, sa capacité à soutenir l’autonomie stratégique des Pays-Bas, ainsi que son engagement à intégrer une base industrielle et technologique de défense (BITD) néerlandaise solide dans la conception, la construction et la maintenance de la future classe de sous-marins, ont fait de la proposition française le meilleur choix pour les Pays-Bas. Les sous-marins de classe Orka tirent parti des capacités des sous-marins de classe Suffren, issus du programme français Barracuda. Ils ont été conçus au cours de réunions et de discussions avec Naval Group en adaptant à nos besoins spécifiques le design des sous-marins de la famille Barracuda. Ils donneront à la sous-marinade néerlandaise une supériorité tactique en opérations. Nous avons toujours voulu le « meilleur du meilleur » pour nos sous-marins et nous avons toujours visé très haut. Avec la classe Orka, nous savons que nous resterons à la pointe des opérations sous-marines.

S. P. : Plusieurs raisons peuvent expliquer pourquoi la proposition de Naval Group a été sélectionnée. Tout d’abord, notre très grande expertise en matière de sous-marins conventionnels et nucléaires, tels que ceux de notre famille Barracuda, qui nous distingue. Ensuite, notre proposition était basée sur notre bonne compréhension des exigences du COMMIT – l’équivalent de la Direction générale de l’armement (DGA) aux Pays-Bas –, affinée lors d’une phase de dialogue très fructueuse. D’autre part, nous nous sommes attachés à intégrer le plus tôt possible dans le projet les compétences d’un ensemble d’experts néerlandais. Des accords et des contrats ont été signés avec certains de nos partenaires néerlandais à peine un mois après la signature du contrat ! Enfin, notre capa[1]cité à respecter les délais de livraison a été mise en avant lors du processus d’appel d’offres, où nous nous sommes engagés à répondre aux exigences en respectant le calendrier fixé. Ce point est crucial car le calendrier de conception, de construction et de livraison des futurs sous-marins de classe Orka est d’une importance capitale pour assurer la continuité des opérations de la force sous-marine de la marine néerlandaise : quatre bâtiments sont à livrer entre 2033 et 2037, à douze mois d’intervalle pour les deux premiers et à dix-huit mois d’intervalle pour les suivants.

Quel est le périmètre de responsabilité de Naval Group dans ce programme ?

 S. P. : En tant que maître d’œuvre du programme RNSC, Naval Group assume l’entière responsabilité de la conception, de la construction et de la livraison des sous-marins. Cette mission inclut l’identification et la sélection des nouveaux fournisseurs ainsi que la mise en place d’un cadre solide pour les soutenir tout au long de leur cycle de vie. À ce titre, Naval Group coopère activement avec la BITD néerlandaise, en engageant le réseau de partenaires néerlandais sur les systèmes et composants critiques et en favorisant le développement et la pérennité de l’expertise au sein de l’écosystème néerlandais tout au long du cycle de vie des sous-marins. Ce réseau d’instituts de recherche, d’industries et de petites et moyennes entreprises (PME) offre un large éventail de technologies et de compétences. La sélection de Naval Group pour le programme RNSC insuffle une nouvelle ambition à cette relation et constitue une opportunité de croissance tant pour la BITD néerlandaise que pour le groupe, qui bénéficiera de l’expertise de pointe de l’écosystème néerlandais. 

Quelle est la stratégie industrielle du programme ? 

S. P. : Les activités s’étendront à tous les sites de Naval Group , et pas seulement à Cherbourg, qui est historiquement le site de construction des sous-marins de Naval Group, et pas seulement à Cherbourg, qui est historiquement le site de construction des sous-marins de Naval Group. Chaque site contribuera en fonction de son expertise spécifique. Les instituts de recherche et les entreprises de la BITD néerlandaise, avec lesquels des contrats ont été ou seront prochainement signés, apporteront leur propre expertise (Royal IHC pour la fabrication de modules, RH Marine pour les systèmes d’alimentation électrique et de conduite de plateforme, Van Halteren pour des systèmes hydrauliques et les usines de réfrigération, Bolidt pour le revêtement acoustique, Optics11 pour l’antenne linéaire remorquée, MARIN et TNO pour des études de performance, etc.), en complément de l’expertise de Naval Group. Nous répondrons ainsi aux exigences du COMMIT, destinées à permettre la fabrication d’une classe de sous-marins conformes aux attentes élevées de la sous-marinade néerlandaise. 

Comment le COMMIT en général et vous-même envisagez les prochaines décennies de coopération ? 

D. v. d. B. : « Moving ahead together » est le principe qui régit notre coopération, et nous tenons à ce que cela ne soit pas de simples mots. Nous devons pour cela agir en étroite collaboration, chaque partie tirant parti de l’autre, tant en termes d’expertise que de méthodologie, afin de mener à bien le programme et créer un sous-marin à la pointe de la technologie, qui réponde aux besoins des générations à venir. C’est la raison pour laquelle un collègue et moi-même avons déménagé dans le Cotentin, pour être aussi proches que possible de la partie Naval Group de l’équipe, et d’autres nous rejoindront prochainement. Avec l’équipe de Naval Group, nous retournons également très fréquemment à Utrecht aux Pays-Bas, où se trouve le siège du COMMIT, afin de renforcer notre cohésion et la transparence de nos méthodes de travail. Bien sûr, cela signifie que chacun de nous doit faire un pas pour s’adapter à la culture de l’autre ! Mais nous sommes animés par un objectif com[1]mun. Je dis toujours que ces sous-marins ne sont pas pour moi : je travaille pour mes enfants et les générations futures, et ensemble, nous créons des sous-marins qui navigueront jusque dans les années 2070. 

Dans quel état d’esprit êtes-vous maintenant que le programme est lancé ? 

S. P. : Pour respecter l’engagement que nous avons pris vis-à-vis du programme RNSC, toute notre énergie est déployée. Nous avons déjà intégré tous les sites de Naval Group ainsi que certains partenaires industriels en France et aux Pays-Bas, en veillant à ce qu’ils soient pleinement préparés pour contribuer à la réussite du programme. Beaucoup d’actions ont déjà été lancées, et la préparation a été le maître mot au cours des mois qui ont précédé la signature de l’accord de livraison, car nous voulions nous assurer que nous étions en ordre de bataille dès le top départ contractuel, prêts à relever ce défi exceptionnel. 

D. v. d. B. : Nous sommes prêts à renforcer notre collaboration. Des étapes tangibles ont déjà été franchies, et nous travaillons dur pour faire de ce programme un succès. Nous ne visons rien de moins que l’excellence : nous voulons pousser les industries qui travaillent sur le programme à aller encore plus loin, à explorer ce qu’elles peuvent perfectionner. Nous attendons de toutes les personnes impliquées dans cette coopération qu’elles donnent le meilleur d’elles-mêmes et qu’elles se surpassent.